DR PAPE MOUSSA THIOR, COORDONNATEUR DU PNLP De 8000 décès par an, la mortalité palustre est tombée à 600 en 2008 »

A moins de 24heures de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme prévue demain, samedi 25 avril, Sud Quotidien a saisi cette opportunité pour faire le point de la maladie avec le Dr Pape Moussa Thior, coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (Pnlp). Dans cet entretien, celui-ci évoque l’évolution de la lutte au Sénégal, les dispositifs et traitements mis en place ainsi que les stratégies pour combattre la maladie dans les régions enregistrant un fort taux de prévalence. Par ailleurs, le Dr Thior a profité de cette entrevue pour annoncer que le Sénégal a tous les atouts d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), en ce qui concerne la lutte contre le paludisme, si les efforts idoines sont fournis.



DR PAPE MOUSSA THIOR, COORDONNATEUR DU PNLP  De 8000 décès par an, la mortalité palustre est tombée à 600 en 2008 »
A la veille de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, quelle lecture faîtes-vous de l’évolution de cette croisade au Sénégal ?

Dr Pape Moussa THIOR : Ce que je peux dire est que du point de vue des indicateurs principaux que nous suivons, à savoir les indicateurs de morbidité c’est-à-dire le nombre de cas enregistrés au niveau des districts sanitaires et les indicateurs de mortalité proportionnelle sur le nombre de décès également que nous enregistrons au niveau des structures sanitaires, ces indicateurs sont sur une courbe descendante depuis quelques années. En 2006, nous avions environ 1 million 500 milles cas. En 2007, cet effectif a été ramené à 1 million de cas et en 2008, nous avons enregistré 275.000 cas dans les structures sanitaires. Ce qui correspond à des morbidités proportionnelles de 35 %, 22 % et de 5,6 %/. On voit que ces chiffres se passent de tout commentaire quant à l’évolution des cas.

Concernant les décès, la même tendance a été observée. Il y a de cela quelques années, on parlait de 8.000 décès dans les structures sanitaires dans les années 2000-2001. Maintenant, nous sommes à environ 600 décès par an. C’est encore beaucoup, mais je pense que la progression est très bonne. Bref, les indicateurs se portent très bien et si on continue à maintenir ces efforts, nous pourrons nous installer dans la période durable de contrôle effectif du paludisme.

Est-ce qu’il y a des innovations dans le dispositif de lutte contre le paludisme et quels sont les moyens de lutte les plus efficaces aujourd’hui ?

Je pense que ces dernières années, il y a eu beaucoup d’innovations, surtout des innovations technologiques. Du point de vue de la prévention, à l’époque, on utilisait des moustiquaires simples, ensuite des moustiquaires imprégnées avec des insecticides tous les trois mois, puis on a amélioré la qualité de ces produits qui peuvent désormais avoir une durée de vie de six mois. Maintenant, il y a des produits d’imprégnation qui font jusqu’à trois à quatre ans. Il y a aussi une nouvelle variété technologique de moustiquaires qui sont apparues et qu’on appelle les moustiquaires imprégnées à longue durée d’action et elles peuvent être utilisées pendant quatre ou cinq ans et supportées une vingtaine de lavages.

Au point de vue du diagnostic, à l’époque, pour un diagnostic de certitude de paludisme, on utilisait ce qu’on appelait le frottis ou bien la goutte épaisse. Cette technique nécessitait beaucoup d’expertise dont le microscope ou le minimum d’équipement. Actuellement, il y a l’apparition des tests de diagnostic rapide qui peuvent être utilisés par n’importe qui, pourvu qu’il soit formé. On peut l’utiliser à la maison et nous allons former même des agents de santé communautaires pour utiliser ces tests de diagnostic rapide. Lesquels permettent de préciser le diagnostic et d’éclaircir un champ qui était un tout petit peu flou.

Pour ce qui est des nouveautés en matière de traitement, il y a aujourd’hui des médicaments qu’on appelle les dérivés d’artémisinine (ACT) introduits depuis 2008, au niveau du système, et qui s’avèrent des médicaments extrêmement efficaces pour les cas de paludisme simple. Voilà pour ce qui est des nouveautés en ces dernières années concernant la lutte contre le paludisme.

Il y a aujourd’hui des médicaments supposés efficaces et d’autres qui ne le seraient pas. Qu’en est-il exactement ?

C’est une question de formule de la résistance. La molécule est utilisée par nature pour tuer un être vivant pathogène. Or, les bactéries développent ce qu’on appelle des capacités de résistance qui font que la molécule qu’on utilise n’est plus efficace. C’est ce qui est arrivé aujourd’hui avec la chloroquine et avec certaines autres molécules. Donc, si nous constatons ces résistances, nous procédons au changement de ces molécules. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, on a opéré l’abandon de la chloroquine pour l’adoption des dérivés d’artémisinine et ceux-ci sont des médicaments très efficaces et il n’y a pas de résistance clinique connue pour les ACT.

Le Cortem est jugé très efficace aussi contre les cas de paludisme. Mais, les populations n’arrivent pas à en disposer à cause du coût onéreux. Quelle pourraient-être les dispositions à envisager ?

De façon générale, le coartem est de la même qualité et composition cliniques que les autres Act dont on dispose dans le programme et qui coûtent 150 F pour les enfants et 300 FCfa pour les adultes. Nous avons décidé d’acheter le Coartem et, sous peu, ce médicament sera là et il coûtera le même prix (150 F Cfa à 300 FCfa). C’est dire que l’inaccessibilité du coartem, nous allons le régler par une initiative dynamique.

Combien de moustiquaires imprégnées ont été distribuées l’année dernière et combien en prévoyez-vous pour cette année ?

Nous avions distribué depuis l’année dernière 2 millions de moustiquaires. Le programme en a distribué 1 million 45 milles et les autres partenaires (Ong et institutions internationales) ont comblé le reste grâce à leur appui. Cette année, nous avons prévu à partir de 22 juin au 30 juin d’organiser une campagne de distribution de moustiquaires de masse aux enfants de moins de cinq ans. Elle sera couplée avec la journée de supplémentation en vitamine A.

Est-ce qu’il y a des régions où la situation du paludisme est beaucoup plus grave ? Quelles en sont les causes et les dispositions qui ont été prises pour y faire face ?

Nous avons remarqué que l’axe Dakar Kaolack-Tambacounda est un axe où on a enregistré beaucoup de cas de décès. Lorsqu’on calcule le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de décès dus au paludisme et reporté à la période où nous avons recueilli les cas, on se rend compte qu’à Dakar, la situation est moins alarmante parce que la population est beaucoup plus importante. Mais, à Tambacounda et à Kaolack, les taux de prévalence sont très élevés surtout les taux de décès. Nous avons donc fait une analyse pour voir ce qui explique la survenue de ces décès dans les régions de Tambacounda et de Kaolack. Nous nous sommes rendus compte qu’il y avait beaucoup d’autres facteurs liés à l’accessibilité des soins. Les villages de ces deux régions sont très inaccessibles et loin des structures de santé. Ce qui fait que les malades se présentent tardivement dans les structures de santé et, du fait de cette situation, nous perdons beaucoup d’enfants. C’est pourquoi nous avons décidé de faire face à cette problématique avec le projet de prise en charge des cas de palu à domicile. Autrement dit, nous allons dans ces villages pour recruter des volontaires et les former à reconnaître les signes, faire des tests de diagnostic rapide et administrer un traitement de paludisme. Nous pensons qu’avec ces solutions transitoires obtenir la baisse de la mortalité assez élevée dans ces régions.

Où en êtes-vous avec les produits intra-domiciliaires dont le coût semble élevé ? Est-ce qu’ils pourront être étendus au niveau national ?

Actuellement, nous sommes en phase pilote au niveau des districts de Nioro, Vélingara et Richard Toll. Le mois dernier, une évaluation a été faite de cette stratégie dont, à dire vrai, les résultats se sont révélés intéressants et efficaces. Le coût d’une protection d’aspersion intra domiciliaire revient à 1000 FCfa par personne. Ce coût est onéreux pour les populations. Mais si on rapporte le cout à l’efficacité, c’est une action qui mérite d’être tentée. D’ailleurs, nous sommes en train de voir avec les partenaires dont le Fonds mondial comment augmenter le nombre de districts pilotes et la mise à l’échelle de cette intervention.

2015 est la date-butoir des Omd. Est-ce-que le Sénégal pourra atteindre les objectifs fixés notamment avec le paludisme ?

Moi, je le pense très sincèrement. Notre plan stratégique est de réduire de 50 % la morbidité et la mortalité. A l’époque où on faisait ce plan, la morbidité était à 33 % et la mortalité de même. Mais aujourd’hui, le taux de morbidité est de 5,6 % alors que la mortalité est de 7%. Nous avons dépassé de loin les objectifs de notre plan stratégique. Ce qui veut dire que si nous fournissons des efforts, je pense très sincèrement que nous atteindrons ces objectifs et, peut-être même, nous allons les dépasser pour ce qui concerne le paludisme.

Quelle place occupe le Sénégal par rapport aux autres pays de la sous-région ?

Je ne peux pas le dire. Peut être que la réponse à cette question est du ressort de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) qui a une vision assez régionale des programmes. Mais, ce que je peux dire, c’est que notre pays ne s’inscrit pas dans une logique de classement. Le Sénégal, le Mali, la Gambie, la Mauritanie entre autres, sont de la même zone géographique et épidémiologique. Notre souhait est de coordonner nos actions avec ces pays pour avancer ensemble vers la réduction de la mortalité et de la morbidité. Les moustiques n’ont pas de frontière encore une fois.

EXERGUES :

« 2 millions de moustiquaires ont été distribuée l’année dernière. Le programme en a distribué 1 million 45 milles et les autres partenaires Ong et institutions internationales grâce à leur appui ont comblé le reste. »

« Aujourd’hui, le taux de morbidité est de 5,6 % alors que la mortalité est de 7%. »

Sud Quotidien

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Programme National de Lutte contre le Paludisme


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